Agriculture Bio : s’informer et se former avant de se lancer !


Quelle rentabilité en grandes cultures bio ?

01/10/2015 16:24

 

Quand on connait peu l’agriculture biologique, la question de la rentabilité des exploitations se pose régulièrement. Chacun sait que dans ces systèmes le niveau de production est généralement plus faible que dans les systèmes conventionnels et que la main d’œuvre est souvent plus nombreuse. Mais alors, l’agriculture biologique est-il un mode de production viable ?

A partir des données issues des réseaux d’acquisition de références technico-économiques en grandes cultures, il nous est possible de comparer sur les trois dernières récoltes, les rendements et les marges brutes à l’hectare (hors aides) entre les systèmes en agriculture biologique (réseau Cultibio) et en agriculture conventionnelle (réseau Mes P@rcelles) en Lorraine.

En ce qui concerne l’assolement (hors prairies temporaires et maïs ensilage), on peut constater la diversité des cultures en système biologique : il faut additionner les 10 cultures les plus représentées pour atteindre les 85% de l’assolement alors qu’il en faut 4 seulement en conventionnel (les classiques : colza, blé, orges). Les systèmes biologiques ont généralement des rotations plus longues et diversifiées qu’en conventionnel. La principale culture rémunératrice reste le blé (26%), ensuite on constate la forte présence de légumineuses seules ou en association (25%). L’atout de cette diversité culturale est de pouvoir s’affranchir des contraintes climatiques liées à l’année : si l’année est défavorable à une culture, elle ne représentera qu’une faible part de l’assolement et beaucoup d’autres pourront compenser. A l’image du risque climatique, le risque de fluctuation des cours des céréales (quoi que peu présent en bio à l’heure actuelle) reste moins préjudiciable en bio qu’en conventionnel : si le cour d’une culture chute, la perte est proportionnelle à la part de la culture dans l’assolement ; plus les parts de culture sont importantes, plus le risque est grand.

En agriculture biologique, les rendements des céréales oscillent entre 20 et 30 quintaux à l’hectare. Ils correspondent environ au tiers des rendements moyens en blé et orges d’hiver conventionnels, à la moitié en triticale, céréales de printemps et maïs et au trois-quarts en féverole et tournesol. Les prix de vente des céréales en conventionnel sont généralement plus faibles qu’en bio.

Pour ce qui est des charges opérationnelles, elles sont très faibles en agriculture biologique : 120 €/ha en moyenne de 2012 à 2014 contre 386 €/ha en conventionnel, soit le tiers. Ceci est dû à l’interdiction d’utilisation de produits phytosanitaires et d’engrais de synthèse. Il n’y a quasiment que le poste semences qui vient contribuer aux charges.

La marge brute intègre le rendement et le prix de vente auxquels on soustrait les charges opérationnelles. On observe moins d’écarts entre les marges brutes AB/conventionnelles que ce qu’on pouvait observer au niveau des rendements. Certaines cultures ont même des marges brutes moyennes plus élevées : blé de printemps, triticale, maïs grain, féverole, tournesol en AB. La marge brute moyenne (2012-2014) sur l’ensemble des cultures recensées dans les réseaux avec une pondération à la surface est de 663 €/ha en AB contre 778 €/ha en conventionnel soit un écart de 110 €. Ceci confirme une rentabilité moins élevée en AB et l’importance de soutenir cette filière ayant encore un besoin d’organisation et dont les débouchés sont croissants. A noter que l’aide à la conversion est de 300 €/ha en grandes cultures pendant cinq ans et qu’elle est suivi de cinq ans d’aide au maintien à 160 €/ha. Lorsque l’exploitation est éligible, ces subventions viennent compenser le différentiel de marge. Les aménités positives liées à l’environnement (absence de traitements phytosanitaires, moindres apports azotés, diversité des cultures) pourraient également justifier un recourt à une compensation financière pour les services rendus (qualité de l’eau, biodiversité, pollinisateurs).

La variabilité interannuelle des marges brutes peut être analysée à partir de l’écart-type des moyennes entre 2012, 2013 et 2014. Ce facteur varie principalement en fonction du rendement et du prix de vente. Un écart-type faible traduit une marge brute stable sur les trois années soit peu de fluctuations de rendements et de prix de vente. On remarque qu’en biologique, de nombreux écart-types sont inférieurs à 100 €/ha. La moyenne pondérée à la surface cultivée de chaque culture est de 65 € en AB contre 167 € en conventionnel. Le facteur principal justifiant cette différence est la forte volatilité des prix des denrées agricoles conventionnelles sur les marchés mondiaux. L’atelier grandes cultures biologique, bien qu’ayant un revenu à l’hectare moins élevé qu’en conventionnel, bénéficie d’une meilleure stabilité économique.

A noter également que ces données ne se rapportent qu’à l’atelier grandes cultures des exploitations. En biologique, plus de 95 % des exploitations ayant un atelier grandes cultures ont également un atelier d’élevage contre 60 % en conventionnel. Une proportion importante de prairies temporaires entre dans l’assolement (40 % des terres labourables en bio contre 20 % en conventionnel). La valorisation de cet atelier n’est pas prise en compte dans la comparaison des deux systèmes de production.

 

Matthieu ZEHR (CRAL)

Avec la participation des conseillers bio

des Chambres d’agriculture de Lorraine

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