Agriculture Bio : s’informer et se former avant de se lancer !


Quelle rentabilité pour les exploitations laitières bio ?

13/08/2015 16:36

Quand on connait peu l’agriculture biologique, la question de la rentabilité des exploitations se pose régulièrement. Chacun sait que dans ces systèmes le niveau de production est généralement plus faible que dans les systèmes conventionnels et que la main d’œuvre est souvent plus nombreuse. Mais alors, l’agriculture biologique est-il un mode de production viable ?

En production laitière, les systèmes biologiques et conventionnels peuvent être comparés grâce aux données du réseau bovin lait bio lorrain Ecobio et des réseaux d’élevage Inosys Grand-est. Dans ces réseaux, les données techniques et comptables des exploitations sont analysées avec un degré de finesse permettant d’aller jusqu’au revenu disponible pour l’exploitant.

Sur le graphique ci-dessous, le revenu disponible par unité de main d’œuvre est suivi depuis dix ans sur une cinquantaine d’exploitations de Champagne-Ardenne, Lorraine et Alsace dont une dizaine en agriculture biologique (sans atelier d’engraissement). Les trois autres orientations sont en conventionnel avec des différences en matière d’alimentation des vaches et présence ou non d’ateliers d’engraissement de bœufs issus du troupeau laitier ou de vaches allaitantes.

En comparant ces différents systèmes laitiers, on constate un revenu moyen mais plutôt stable dans les systèmes biologiques. Si le rendement en litres de lait par vache est plus faible en AB (5200L/VL sur les 30 fermes lorraines d’ECOBIO), le système se caractérise généralement par une autoproduction des fourrages et aliments (75% du concentré autoproduit - ECOBIO). En effet, un des points clés de la réussite économique de la plupart des fermes bio réside dans la maîtrise efficace des charges opérationnelles qui sont beaucoup plus réduites que dans les exploitations agricoles classiques. Plusieurs raisons à cela : interdiction de l’usage des produits phytosanitaires et des engrais de synthèse, limitation des traitements vétérinaires… Mais surtout, il s’agit de fermes plus autonomes qui valorisent au mieux les fourrages et concentrés autoproduits et limitent leurs achats à l’extérieur, très coûteux en bio. En 2013, dans le réseau Ecobio, les charges opérationnelles s’élèvent à 411 €/ha soit 21 % du produit brut. Les céréales autoconsommées sont prises en compte dans ces charges au prix où elles seraient vendues dans la filière longue. Par comparaison, le cas-type lait-maïs viande est à 36%, le lait-herbe à 28% et le lait-céréales viande à 38% de charges opérationnelles sur produit.

Les systèmes bio sont moins productifs mais grâce à une meilleure valorisation de leurs produits et à l’économie de charges, ils parviennent à dégager du revenu.

A noter l’existence de la prime bio pour le lait d’environ 85 €/1000L sur les fermes ECOBIO.

Le système de production biologique est rarement le plus rentable (ni le moins) des quatre comparés, cependant, il offre une certaine stabilité du revenu.

 

Matthieu ZEHR (CRAL)

Avec la participation des conseillers bio

des Chambres d’agriculture de Lorraine

—————

Précédent